Maison des Arts d'Evreux - 2006


  • Présentation de l'exposition par MAURICE MAILLARD, directeur de la Maison des Arts d'Evreux
  • Texte du catalogue de Pascale Le Thorel
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EXPOSITION « DU COMMENCEMENT » de Pascale Le Thorel

24 MARS - 29 AVRIL 2006


Présentation 
par Maurice Maillarddirecteur de la Maison des Arts d'Evreux

Ētre artiste, c’est, depuis toujours, tenter de répondre à la triple question posée par Paul Gauguin comme titre emblématique d’une de ses peintures: « D’où venons nous ? Que sommes nous ? Où allons nous ? ». 

La peinture et les collages de Catherine Van den Steen, bien que très éloignés de la peinture de Gauguin, gravitent depuis ses premières œuvres, autour de ces mêmes interrogations. 

La présente exposition « Au commencement » repose la question originelle : « D’où venons nous ? ».  Qu’on peut formuler en « Où, quand et pourquoi l’humanité et le monde ? » Face à l’ampleur de l’angoisse suscitée par ce questionnement, toutes les civilisations ont construit des mythologies, des religions et des œuvres d’art. 

L’occident auquel nous appartenons a pour soubassement le grand texte de la Bible qui débute par le « commencement » : l’origine du monde. Derrière la partition du monde entre ténèbres et lumière, entre soir et matin, entre terre et eaux, entre nature et humanité…c’est la volonté de donner forme à l’informe, et la nécessité de transcender le réel qui se dessinent.  

Catherine Van den Steen tend vers cette transcendance en empruntant la voie de la contemplation poétique de la nature comme le relève bien Pascale Le Thorel dans la préface de cette exposition : « Nature reflet, sans fioritures, sans fleurs, aux arbres sans racines, qui renvoie le spectateur à lui-même, mais aussi à une possibilité d’envol, comme ces oiseaux qui s’élèvent, bien souvent dans le ciel des tableaux ». Ces tableaux qui jouent de l’ambiguïté entre réalisme et abstraction sont des fenêtres ou des écrans lisses et silencieux sur lesquels se projette le rayonnement d’un univers à l’état natif. L’horizon qui toujours recule, n’y est qu’une infime lisière entre deux éléments voisins. L’arbre affirme déjà la verticalité du monde habitable et suggère le bruissement du feuillage et le chant des oiseaux comme des prémices du langage. 

La peinture et les collages exposés ici n’ignorent rien de l’histoire de l’art et posent à leur manière la question de la représentation, de l’image et de la transcendance dans notre civilisation. Catherine Van den Steen rejoint ainsi dans ces préoccupations d’autres jeunes artistes contemporains, peintres ou photographes, comme Alexia Hollander par exemple. Les collages extraient de nos quotidiens et magazines les images banales de la solitude, de l’exil, de la cruauté ou de la joie, et les incorporent au cœur du phénomène plastique, c’est dans l’espace du peintre en quête de beauté que Catherine place l’unique et pourtant diverse figure humaine. 

Que l’apparition de l’homme au sixième jour de ce « commencement » revête ici la forme kaléidoscopique du collage accuse l’écart entre humanité et nature, entre complexité interrogative et apparence édénique.  L’œuvre de Catherine Van den Steen, bien que prenant sa source dans le Livre de la Genèse est plus philosophique, plus métaphysique que religieuse. En effet, la peinture religieuse exalte les réponses apportées aux questions existentielles et espère l’adhésion du spectateur aux formes du sublime.  

Ici, cette peinture ne donne pas de leçon. Ou, plus exactement si elle donne une leçon, c’est une leçon de silence et de contemplation interrogative. La question demeure permanente, elle est le moteur d’une œuvre toujours en devenir qui scrute le monde dans sa globalité pour en percer l’invisible et l’indicible tout en éprouvant les transports et la joie de la beauté et de la création. 


Texte du catalogue :

Depuis ses études à l’École des Beaux-Arts de Paris, Catherine Van den Steen s’exprime au moyen de la peinture et du collage. A la fois analyses, recherches et contemplations, ses œuvres sont à la fois en étroite relation avec le monde quotidien et en quête de l’indicible. 

Élaborées à partir de photographies prises par l’artiste ou d’images prélevées dans les médias et rangées dans des boîtes thématiques jusqu’à utilisation, elles tentent de toucher l’essence des choses et des êtres, l’histoire aussi. 

Les peintures à l’huile de la série du Commencement sont empreintes de poésie et nous entrainent à la méditation (leur titre même se réfère à la Bible et plus particulièrement à la Genèse). Tout commence avec la nature : des couchers aux levers de soleil (« il y eut un soir, il y eut un matin »), aux entrecroisements des branches des sous-bois (un noir-vert proche de Cézanne), aux miroitements aquatiques, la lumière révèle le monde de Catherine Van de Steen. Nature reflet, sans fioritures, sans fleurs, aux arbres sans racines, qui renvoie le spectateur à lui-même, mais aussi à une possibilité d’envol, comme ces oiseaux qui s’élèvent, bien souvent, dans le ciel des tableaux. 

En contrepoint, les collages, habités depuis le sixième jour, donnent une vision plus critique de notre rapport à l’espace (qu’il soit urbain ou nature). Travaillés comme une succession d’images filmées, recadrées, recolorisées à l’encre, à la gouache et aux crayons de couleur, ils créent une sensation d’instabilité, une écriture vivante : « tu as l’impression que la terre, elle est ficelée, comme cela ». 


Des collages aux compositions peintes de l’ensemble du Commencement, Catherine Van de Steen nous mène per visibilia ad invisibilia.